Comme de la sève dans les arbres...
Jean 15, 9
A l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. Si vous êtes fidèles à mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j’ai gardé fidèlement les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie."
Il y a des jours où l'Evangile se passerait de mots, de nos commentaires. Des jours où les phrases sont à boire comme du petit lait et où, tout de suite après, l'on se sent bien.
Je n'ai pas vraiment envie de m'apesantir sur ces mots de Jean qui ont le même effet sur moi que la première gorgée de bière chez Delerme. Plus même. Tout est là: la joie, l'Amour bien entendu, mais surtout, surtout ce relationnel entre Dieu et les Hommes. Ce perpétuel va et vient où l'Amour n'est pas que dans un sens, celui des Hommes vers le Père. Tout est bien intriqué, tout communique et l'Amour et la Joie circulent comme de la sève dans les arbres.
Une FAQ pour Nicodème? Un manuel pour Pinocchios en herbe...
Jn 3, 1-8
Il y avait un pharisien nommé Nicodème ; c’était un notable parmi les Juifs. Il vint trouver Jésus pendant la nuit. Il lui dit : « Rabbi, nous le savons bien, c’est de la part de Dieu que tu es venu nous instruire, car aucun homme ne peut accomplir les signes que tu accomplis si Dieu n’est pas avec lui. » Jésus lui répondit : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de renaître, ne peut voir le règne de Dieu. » Nicodème lui répliqua : « Comment est-il possible de naître quand on est déjà vieux ? Est-ce qu’on peut rentrer dans le sein de sa mère pour naître une seconde fois ? » Jésus répondit : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair n’est que chair ; ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne sois pas étonné si je t’ai dit qu’il vous faut renaître. Le vent souffle où il veut : tu entends le bruit qu’il fait, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né du souffle de l’Esprit. »
Il y a une chose extrêmement pratique avec les sites internet : ils ont presque tous une FAQ (Foire aux Questions). Ce site me promet des Louboutins à moitié prix ? Hummm…direction la FAQ pour savoir à quel point c’est une grosse arnaque. Cet autre site me promet la paix de mon âme et la guérison des ongles incarnés en même temps ? Hummm, la FAQ m’indiquera à quel point ce sont des timbrés. Dans les gros, comme dans les petites moments de doute, il y a les FAQ ou Wikipedia.
Du temps de Jésus, forcément Nicodème, après une petite session au Sanhédrin (conseil des savants juifs) ne pouvait rentrer chez lui et se mettre devant son écran pour faire www.je-cherche-une-réponse.com. L’avantage de Nicodème sur nous tous, (ouh le veinard) c’est qu’il a pu aller directement poser ses questions à la source : Jésus.
Nicodème n’est pas le benêt de service. Il cherche à comprendre… C’est un pharisien, un docteur de la loi juive qui l’applique de manière stricte. Le salut et la justice de Dieu viendront de la stricte observance des règles. C’est un notable reconnu dans son domaine. Un mec Bien Sous Tous Rapports (BSTR pour les intimes). Comme beaucoup de pharisiens, Nicodème connait bien entendu sa Torah par cœur et est un homme qui cherche à savoir. Ce qui est étonnant ici, c’est que généralement dans le Nouveau Testament, les pharisiens cherchent plutôt à mettre Jésus en défaut, pas vraiment à le comprendre. Est-ce que Nicodème pressentait quelque chose ?
Nicodème donc est prêt à reconnaître que les signes annonciateurs du Messie sont là…et que peut-être Jésus serait ce Messie, mais il veut en avoir le cœur net. Jésus n’ayant pas de site internet avec un FAQ pour répondre à toutes les interrogations, le mieux en encore de lui demander en direct. De nuit et non en plein jour parce que notre ami est courageux, mais pas téméraire! Ou c’est peut-être une simple métaphore de la part de Jean pour indiquer que dans nos nuits, nous cherchons tous une lumière…
Et c’est là que Jésus (ah..petit malin !) au lieu de lui donner une belle réponse toute simple (« oui c’est moi le Messie, fais ce que je dis et tu seras sauvé »), lui renvoie la balle avec un énigmatique « pour entrer dans le royaume de Dieu, il faut renaitre de l’eau et de l’esprit ». Ok, parfait. Limpide. Mais Nicodème est quand même un gars très terre à terre, parce lui, ce qui lui importe c’est bien un manuel de renaissance : concrètement, on fait comment ? Je repasse par la « case départ » de ma vie, naissance compris ? Je passe par une sorte de baptême dans l’eau du Jourdain ? Je fais quoi ? Parce que Nicodème, ne l’oublions pas est un champion de la liste pratique des choses à réaliser.
Et non. La réponse n’est pas dans un arsenal de to-do lists pratiques. La réponse est dans la faculté de Nicodème et de chacun d’entre nous de se laisser porter par l’Esprit de Dieu. C’est vraiment ça, « naître une deuxième fois ». Se retourner le cœur comme une crêpe : se convertir. Se laisser envelopper par l’Esprit de Dieu. J’aimerai presque à nous imaginer comme des Pinocchio, des bouts de bois (pantins ou pas), mais à qui Dieu va donner la vie et la liberté d’agir. Car la renaissance vient d’en haut : Dieu la donne gratuitement par son esprit : ce n’est pas à nous de « monter » la quérir. Et il donne son souffle de vie à tout le monde, quel que soit son origine, sa classe, ses erreurs passées. Renaître de l’Esprit c’est se laisser porter au gré de ce vent et d’agir en conséquence. Parce que oui, si nous « renaissons » et sommes libres, ce n’est pas pour rester les bras ballants ! C’est pour agir !!!
Emmaüs
En cette période d'octave de Pâques on se refait un petit tour du côté d'Emmaüs. Rapidement, revoici l'histoire rapportée par Luc (24, 13-35): des disciples s'en vont de Jérusalem après la mort du Christ, tout tristes et perdus. Ils rencontrent Jésus ressuscité sur le chemin, mais ne le reconnaissent pas.
Cette histoire des pèlerins d’Emmaüs est notre histoire à tous. Les pèlerins d’emmaüs sont complètement paumés parce que celui qu’ils pensaient être leur sauveur, leur Dieu, est mort. Ils se sentent profondément seuls, et probablement trahis : « comment ont-ils pu oser croire en quelqu’un qui finalement nous a planté là! » Ils doivent même s’en vouloir un peu : « J’ai vraiment été stupide ! ». Le pire, c’est qu’ils ne veulent pas (ne peuvent pas) croire à la résurrection non plus. « Encore des salades ! »
On ne voit pas. On ne veut pas voir. Que Dieu est là. Ok, c’est vrai que ce n’est pas évident tous les jours ! Les jours où tout va bien, on ne voit pas Dieu (parce que pas besoin !) et les jours où tout va mal, on ne voit pas Dieu non plus (parce que l’on pense qu’il est Superman et qu’il va tout résoudre d’un coup de baguette magique). Et ils y a ceux qui ne voient pas Dieu du tout parce qu’ils ne croient pas.
L’on pense souvent aussi qu’il faudrait que par un miracle Dieu se fasse connaître/reconnaître un peu comme un candidat à une élection présidentielle : lors d’un grand meeting bien flashy, avec de belles déclarations.
Pas de pot, c’est pas souvent la méthode employée par Dieu. Plus subtile. Plus transparente. Mais bien présente. On pense aussi souvent, comme les pèlerins, comme Thomas, qu’il faudrait avoir une expérience de la foi soi-même si bouleversante pour reconnaître que Dieu est là. Levez la main ceux qui parmi vous se sont déjà pris un coup de foudre divin ? (perso, j’attends toujours…)
J’aurai presque envie d’écrire ici : « c’est pas grave ! » .Parce que Dieu nous voie nous. Chacun a sa propre expérience de la foi. Je parle bien de la foi ici et non pas de la religion. Chacun a son propre rythme de connaissance de Dieu. « Votre cœur est lent à croire » comme nous le rapporte Luc qui s’impatiente un peu. Chacun d’entre nous chemine dans la vie avec sa propre connaissance de Dieu, ou pas. Avec sa spiritualité, ou pas. Mais tout au long du chemin, Dieu est bien là.
J’aimerai bien terminer cette histoire de ces hommes qui se rendent à Emmaüs par une autre histoire. Celle d’un homme qui meurt et se retrouve au Paradis à discuter avec Dieu. Les deux se refont le chemin de la vie de l’homme. Très souvent, l’homme voit deux traces de pas aux moments de sa vie, un peu comme des empreintes dans le sable. Souvent, les traces cheminent ensemble, parfois l’une devant l’autre, parfois l’une à côté de l’autre. Puis à certains moments, justement les moments durs pour l’homme, les moments de deuil, de combats, de solitude, une seule trace de pas apparaît. Notre homme s’énerve envers Dieu et croit le prendre à défaut : « ah ! Tu vois bien que là je marchais tu seul ! Tu n’étais pas là ! » Ce à quoi Dieu répond : « Là, c’est moi qui te portait »
Madame est servie!
Jean 13. Voici le pitch (parce que St Jean est bavard): lors du dernier repas avec ses disciples, Jésus leur lave les pieds. (??????????) Un peu d'explications ici.
Ici dans le Golfe, nous nous faisons constamment servir. La main d’œuvre indienne, philippine, sri-lankaise, népalaise, indonésienne étant si peu chère que les petites tâches leurs sont déléguées. La plupart des familles locales ont au minimum un chauffeur et une « maid » pour élever les enfants. Que ce soient les familles locales ou les expatriés occidentaux, nous nous coulons très facilement dans cette vie où un petit gars vous sert l’essence à la pompe, où dans votre bureau un « tea-boy » vous apporte votre café le matin (et il a repéré que le vôtre c’est café dans votre mug perso avec lait et 1 sucre et demi à 8h10), où vous n’emballez plus vos courses au supermarché puisqu’une petite main le fait pour vous.
Vous imaginez un instant, juste un instant un renversement de situation ? Les tea-boys servis par les administratifs quand ils arrivent au travail le matin ? Les chauffeurs étant conduits par leurs patrons ? Aller faire le ménage chez les maids ? Les premiers temps, je me disais « Hors de question de laisser emballer mes courses par quelqu’un ! » Et je pensais respecter ce p’tit gars-là en lui montrant qu’il n’était pas mon esclave à emballer mes boites de conserves. Boulette. Grossière erreur. Parce que lui, sa dignité d’homme, elle est dans le travail qu’il accomplit. Lui refuser ce travail, c’est le gifler en lui disant qui est trop nul pour emballer ma lessive ou servir de l’essence à la pompe.
Nous n’avons pas vraiment l’habitude d’être dans des rapports égalitaires. On a tous un boss, une hierarchie. Nous sommes les enfants de nos parents (fais pas ci, fais pas ça), nous sommes les citoyens d’un Etat avec ses représentants. Même l’Eglise est pyramidale avec ses membres en bas (femmes, laïcs) et son meneur (le Pape). Que de cas où nous pouvons être soit en position de pouvoir ou de faiblesse.
Et pourtant, tout est là , dans ce texte de St Jean: avec Dieu nous ne sommes pas dans des rapports hiérarchiques de dominant-dominé, de serviteur-servi, inaltérables. Avec Dieu nous sommes seulement dans des rapports de serviteur. Le « grand » est celui qui peut s’agenouiller aux pieds de son prochain. Aller au-delà des convenances, renverser les situations, rendre sa dignité aux plus fatigués par la route, aux plus faibles est bien ce premier pas que nous propose Jésus dans St Jean afin que la pyramide se transforme en corps, comme dira St Paul. Nous sommes tous alors membres d’un corps appelés à le faire fonctionner.
La grandeur de Dieu chez les chrétiens ne réside pas dans ses miracles ni dans ses hauts faits. La grandeur de Dieu réside dans le fait qu’il se mette à genoux devant les hommes pour leur laver les pieds. C’est le monde à l’envers me direz-vous ! Voire « Puisse que c’est comme ça, je change de crémerie pour un Dieu puissant et costaud ! » Ils sont fous ces chrétiens de croire qu’un Dieu qui lave les pieds pourra les sauver !
Je ne sais pas s’il y a une seule autre religion, philosophie (pour les non-croyants) au monde où un dieu ne demande pas, ne commande pas aux hommes de faire des efforts sur eux-mêmes pour être parfaits, bien propres, présentables, intelligents. Chez les chrétiens, si. Et c’est cela qui sauve. Il y a des jours (où comme beaucoup d’entre nous j’imagine), je ne peux que m’interroger sur Dieu et sa présence. Et franchement, quand je regarde ma petite vie, ses hauts, ses bas, les vies des autres, je pourrai jeter l’éponge et me dire « à quoi bon prier un dieu qui de toute façon n’en a rien à faire de nous. Je n’arriverai jamais à être parfaite, à être charitable avec tout le monde, à être pieuse etc.. »
Et puis je lis des passages comme celui-ci et je me dis que si Dieu a suffisamment d’amour pour nous, au point de se mettre à genoux pour nous purifier, alors je suis sauvée.
3e effet KissCool : la mise en pratique.
Vous l’aurez compris cher lecteur, l’auteure de ces pages évite autant que ce peut le blabla catho. (« Que la Grâce béatifiante de Notre Seigneur et la douce bonté de l’Esprit saint me guide vers une plénitude dans la prière en communion sainte avec mes frères et sœurs blablabla »). Mais il est vrai que des fois, laisser quelques posts bien-pensants sur ce blog serait une belle tentation. Du blabla certes, mais quid des faits ?
Je ne sépare pas ma vie spirituelle de ma vie professionnelle ou ma vie de famille. C’est pas compartimenté. C’est la personne que je suis, avec ma foi que je trimballe ici ou là. Cela ne fait pas de moi une sainte (loin de là…ohhhh bien loin de là !), mais si, via mon baptême j’y suis appelée (ah ah ah ah !!!). Pas facile tous les jours.
Bref, la semaine dernière je vous ai laissé avec cette catéchèse impertinente sur « Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir ». Alors concrètement, ça donne quoi dans une vie ? Ca donne quoi dans ma vie ? Parce que c'est bien beau de parler, mais si je ne mets pas en application, ça sert à quoi? (à part regarder la paille dans l'oeil du voisin...)
Prenez une petite équipe dans une administration. Les personnes s’entendent plutôt bien et la mission de rebâtir le service et faire tourner la maison, si elle s’avère ardue, reste un beau challenge à prendre à bras le corps. Ajoutez dans le décor un individu (appelons-le Trucmuche) tout frais débarqué dans le pays et que l’on accueille comme on accueillerait tout nouvel expat. En plus, ses compétences faisaient cruellement défaut : il est donc accueilli les bras vraiment grands ouverts. Et puis là, d’un coup le pétage de câble du nouveau, l’équipe qui se braque devant les insultes et le dénigrement du travail effectué. Le bon esprit d’équipe vole en éclat et nous sommes plus qu’une petite minorité à nous soutenir.
Venons-en au propos et à l’effet KissCool. Comme souvent, je viens au bureau avec un cake. Pour la réunion de service. Ce matin-là, Trucmuche se fend d’une visite dans notre service. Généralement, je suis dis juste « Bonjour » du bout des lèvres (à peine chrétien ça ma bonne dame !) sans lui demander comment ça va, parce qu’honnêtement, je m’en fous. (Encore moins charitable ça !) Ce matin je tente un « ça va ? ». Parce que oui, au bout d’un moment, il faut se forcer à pardonner (même pour les crasses faites au bureau….). Sa réponse ? Je crois qu’elle était purement formelle et de toute façon, je crois que j’en ai encore rien à faire. (Quand je vous dit que la sainteté c'est pas pour demain....pffff) Quant au cake, avec des tranches bien en évidence sur mon bureau :
- Solution 1 : je lui propose une tranche, il la mange et s’étouffe avec. Je jubile.
- Solution 2 : je ne lui propose pas de tranche parce que Trucmuche est un sale c..
- Solution 3 : Je lui propose une tranche, il l’a mange et me remercie.
Si l’on suit ce mââââgnifique évangile de la semaine dernière, soyons clairs : la solution 1 est à éviter, que l’on soit chrétien, juif, musulman, athée, etc… La solution 2 est très viable puisque je respecte la Loi (Tu ne tueras pas…) Et finalement je pourrais m’en tenir là. Mais quand Jésus me dire qu’il est venu accomplir, il ne me dit pas que c’est OK pour moi de vouloir étouffer Trucmuche avec une part de gâteau. Il m’invite a entrer dans une autre relation avec Lui…("tu aimeras ton prochain....") et donc avec Trucmuche (parce que oui, je suis sensée, je dis bien "sensée" voir Dieu et sa bonté, sa compassion, sa charité chez lui. Je vous assure que j'ai beau chercher, je dois avoir des pelures devant les yeux...).
Honnêtement ? Entre être au minimum polie, au mieux sympa avec Trucmuche et gagner des points en allant à la messe pour sauver mon âme, il me semble qu’aller à la messe soit plus facile. Et banco, 10 points pour mon âme au paradis....eh eh eh.
Mais avec ce que j’avais écrit la semaine dernière, il fallait bien agir non ? La solution 3 fut donc adoptée. Et oui, Trucmuche a mangé du cake. Et m’a remerciée.
Dieu que le chemin vers la sainteté est rude….
Deuxième effet KissCool + sac à main de bonne femme : une révision très perso de Matthieu
Mtt 5,47-19 Comme les disciples s'étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait :
« Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas une lettre, pas un seul petit trait ne disparaîtra de la Loi jusqu'à ce que tout se réalise. Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le Royaume des cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera sera déclaré grand dans le Royaume des cieux. »
Il y a des jours où l’Evangile c’est un peu comme les KissCool : il y a un deuxième effet. Premier effet : "woohoo !" (oui, je sais il y a des jours où je mute en WoohooGirl américaine..sans les pompoms quand même) Woohoo (donc), le christianisme c’est cool, plus de lois contraignantes à suivre, puisque toutes ont été réduites à une seule : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé » et basta !
Enfin… « basta » est un peu vite dit, puisque l’Evangile du jour nous rapporte le deuxième effet KissCool rapporté par Matthieu : « hop hop hop….on ne rejette pas les commandements, on les observe , on les intègre, les enseigne et on les accomplit»
Je ne vous cache pas qu’il y a des jours où les deuxièmes effets KissCool de Jésus m’agacent un peu….Parce que là, franchement, je menais ma petite vie de chrétienne sans compter mes points selon les respects des règles pour aller au Paradis. Et j’étais plutôt heureuse comme ça. Alors je fais quoi moi maintenant? Hein ? Je prends ça comment ?
Et puis c’est quoi cette histoire de ne pas abolir mais d’accomplir ?
Tentons de partir du début : finalement et si ce gros paquet de lois (amis de l’Ancien Testament bonjour !) n’était pas un fardeau mais plutôt comme un sac à main féminin (parce que oui, nous trimballons toutes notre vie dans notre sac à main). On l’a sous le bras constamment avec nous, cela fait partie de nous. Et finalement on avance dans la vie avec notre sac à main à l’épaule, en permanence, en ne le remarquant même plus. Mais on sait tous ce qu’il contient. Dans un même état d’esprit, ce que nous propose Jésus, de la manière dont le relate Matthieu, « accomplir » ce n’est pas tirer un trait, mais aller au-delà. C’est prendre cette tradition en sac à main, et franchir un cap avec Jésus. Pas besoin effectivement de compter les points (yeah ! 3 points pour aller à la messe dimanche !) mais faire vivre ces lois, ne pas les appliquer de manière figée mais les rendre vivantes. Car oui, nous pouvons tous cumuler les points en suivant la loi à la lettre, mais finalement n’est-ce pas sclérosant ? Le chemin montré ainsi m’enferme je trouve parce qu’il est trop balisé !
Jésus nous invite à entrer dans une autre relation avec Dieu et avec les hommes. Pas celle du marchandage, mais celle qui fait appel à notre intelligence. C’est en cela que peut-être on « accomplit » la loi. On la porte en nous, on sait ce qu’il faut faire, mais des fois ça dérape. Et je suis la première à déraper, bien entendu. (mea culpa.. je vous épargne la liste de mes dérapages, mon blog n’y suffirait pas;) Est-ce pour autant que l’on est mauvais ? est-ce pour autant que l’on est condamné à rester dans nos pauvres petites vies bien lourdes à trainer sans espoir d’avancer ? C’est là où je pense que Jésus nous aide à « accomplir » notre vie. La mettre à la lumière de Dieu et de son unique commandement.
Accomplir, c’est donc commencer par se faire confiance (oui je suis capable d’aimer, d’avoir de la compassion, de pardonner…), c’est partager avec l’autre, c’est se réaliser.
Accomplir c’est se dire que l’on peut faire mieux, toujours. Toujours se tourner vers son prochain parce que c’est là que l’on va aussi rencontrer Dieu. Pas seulement en respectant les règles à la lettre. C’est de l’exigence envers soi. Une telle attitude est bien plus exigeante finalement que de suivre des lois à la lettre ! Car nous y voilà ! Ouh le vilain mot qui fait peur ! (En tout cas, quand je demande à mes équipes au travail d’être exigeantes dans ce qu’elles font, ça leur fait plutôt peur…)
Accomplir c’est aussi aller chercher le meilleur en soi. Accomplir ce n’est pas juste une histoire de faire les choses pile poil dans les règles de l’art. C’est bien sûr connaitre la loi mais la faire sienne, sans en être esclave. Dépasser ce stade emprisonnant pour aller au-delà. La démarche est plus exigeante parce qu’il ne suffit plus de ne pas insulter son voisin (bouh ! Péché !) mais de l’aimer…
Accomplir c’est chercher en soi les ressources nécessaires pour non seulement respecter la loi, mais la mener plus loin C’est se dépasser. C’est bien de respecter tous les temps de prière, mais si on ne le fait pas sincèrement (genre faire sa liste de courses dans sa tête pendant ce temps..) à quoi ça sert ? Ok, c’est mal d’insulter l’espèce d’abruti qui est dans le bureau d’à-côté. Mais c’est encore mieux d’essayer, à minima d’entrer en dialogue avec lui. Au maxima, de lui tomber dans les bras en lui disant « je t’aime mon frère ». (Que le premier qui y arrive, me laisse un commentaire, svp !)
Oui, je sais, il y a du chemin à faire pour accomplir….
Mercredi des Cendres...
Aujourd'hui nous entrons en Carême. Et non ce n'est pas morose. J'ai presque même envie de dire que ce mercredi annonce pour moi la meilleure saison spirituelle de l'année. Que voulez-vous, dans la vie, pour beaucoup il y a les saisons de foot, les saisons des courses de chameaux dans mon émirat, la saison des légumes d'hiver dans les magazines de cuisine etc....Et les saisons spirituelles....
Plus que l'Avent et Noël, j'aime cette période où c'est comme si je tentais de me mettre à nue (rêvez pas non plus!) pendant 40 jours, pour recevoir de plein fouet la résurrection. Faire Carême, si cela ne change pas grand chose dans ma vie de tous les jours (il n'y a pas plus de poisson à table), cela me trotte quand même pas mal dans la tête. C'est le moment de faire retraite. C'est le moment de dire un peu "temps mort" comme dans un match de basket, pour se vider du superflu (noooon, pas mes chaussuuuuures!!) et laisser un peu plus de place à Dieu. C'est pas que je ne lui laisse pas vraiment de place en temps ordinaire. Mais, juste un peu plus, ce n'est pas du luxe.
Si je voulais jouer sur les mots, c'est justement en ce jour des Cendres que je me dis qu'il est temps de me "dépoussiérer" de l'intérieur, du coeur, de briquer le nid pour laisser du vide. Dieu sait trouver le chemin tout seul de ce vide. Dieu est le spécialiste des vides. Dieu ne s'exprime bien que dans les vides.
Jésus, super chasseur de tête? (où il est question de vocation à la pêche)
Mc 1, 14-20
Après l’arrestation de Jean-Baptiste, Jésus partit pour la Galilée proclamer la Bonne Nouvelle de Dieu ; il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. » Passant au bord du lac de Galilée, il vit Simon et son frère André en train de jeter leurs filets : c’étaient des pêcheurs. Jésus leur dit : « Venez derrière moi. Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. » Aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent. Un peu plus loin, Jésus vit Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient aussi dans leur barque et préparaient leurs filets. Jésus les appela aussitôt. Alors, laissant dans la barque leur père avec ses ouvriers, ils partirent derrière lui.
Je trouve Marc toujours un peu grandiloquent. Toujours dans la démonstration théologique et les beaux symboles. Ici donc, la vocation des premiers apôtres. Le texte semble fluide, comme l’appel, comme la réponse. Pas de question à se poser. Pourtant, quand on y pense, la vocation d’une vie (cette mise en adéquation entre ce que l’on est profondément, ce que l’on veut vivre et les moyens que l’on se donne) est autrement plus compliquée qu’un simple appel d’un DRH.
Dans ce texte, l'on n’a pas l’impression que Jésus étudie différentes candidatures. Je ne suis même pas certaine que le poste d’apôtre ait été dûment ouvert et publié dans la gazette de Tibériade. « Pour mission immédiate, etp divine cherche j.h. maîtrisant les techniques de pêche. Autres qualifications possibles : collecteurs d’impôts. Poste de VRP divin. Rémunération : fort aléatoire ».
Bref, Jésus arrive, appelle. Simon, André, Jacques et Jean suivent. Qu’est ce qui peut bien pousser des personnes à tout lâcher pour suivre un inconnu ? Qu’est-ce (Qui est-ce ?) qui peut pousser à lâcher un métier qui rapporte au moins de quoi se mettre dans l’assiette pour un avenir incertain ? Rien ne dit chez Marc si les apôtres aimaient leur travail. Peut-être que c’était abrutissant. Peut-être qu’ils en avaient assez. Peut-être qu’ils ne pensaient qu’à « coller leur dem ‘», et ça tombait bien, ce jour-là Jésus passait.
Tous les jours je vais à la pêche. Et régulièrement, je me demande pourquoi je vais à la pêche. Nonobstant le fait de mettre du beurre dans les épinards, payer ma retraite et me dire que mon métier participe à une amélioration de la vie en collectivité (ahhh, le service public…)… Je vais à la pêche et en général, j’aime ça. Les jours où j’ai senti que le bateau coulait ou qu’il était temps d’améliorer mes techniques de pêche, j’ai changé de bateau. Pêcher est en général ce que j’aime et je ne me voies pas ne pas pêcher. Ceci dit, des fois, ras le pompom de marin. Tout larguer pour suivre un inconnu ? Hummmm, trop peur de me retrouver à Pôle Emploi.
Mais est-ce vraiment ce qui nous est proposé dans ce texte. Enfin, oui, si, tout larguer, il y en a qui le font de manière radicale tous les jours et s’engagent tous les jours pour une vie auprès de Dieu. Mais bon, pour les « laïcs » comme vous et moi, quid de cet appel ?
Il y a une vie, notre vie : métro, boulot, pêche, dodo. Et puis il y a une vie que l’on peut transformer en y ajoutant un ingrédient : Métro avec Dieu, Boulot avec Dieu, pêche avec Dieu, dodo avec Dieu.
Ce « lâchage » est en fait une conversion du cœur qui nous amène non pas à tout largue pour aller manger des dates dans le désert, mais à changer notre regard sur les choses et sur les hommes. Avec Dieu, en mettant nos pas dans ses pas, nous changeons de vie. Cela n’est pas toujours très flagrant : il y en a pour qui cela signifiera rentrer au Carmel ou à l’Hermitage, pour d’autres ce sera juste monter dans la voiture le matin pour se rendre au boulot..comme tous les jours. Cela n’aura pas toujours des résultats bien terribles : ce n’est pas parce que j’ai mis Dieu dans ma pêche quotidienne, que je n’ai pas envie de trucider mon assistante qui n’arrive toujours pas à trouver mes mails sur son Outlook. Et non, malheureusement, ce n’est pas parce qu’il y a Dieu dans ma vie que je suis une sainte à qui échappe tous sentiments de colère, de revanche et de médisance. Mais j’ose croire que Dieu est là pour justement me rappeler que ma pêche concerne les hommes, surtout les hommes, avant tout les hommes.
Pêcher, vivre, c’est donc entrer dans une autre dimension où l’humain non seulement a toute sa place, mais a la place centrale, en Dieu.
Grand saut de Noël
De la même manière que Dieu a osé faire le grand plongeon vers l'humanité, saurons-nous faire le grand saut dans la foi pour le retrouver?
Bon, heureux, merveilleux Noël!!!!
Que l'Emmanuel fasse toujours briller cette petite étoile en vous!
Le "Inch Allah" de Marie
Luc 1,38: "Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. » Alors l’ange la quitta."
Au Moyen Orient, vos interlocuteurs mettront à peu près dans toutes leurs phrases un « Inch ‘Allah » (si Dieu le veut) qui peut parfois être assez énervant. Je m’explique : quand le plombier vous dit qu’il viendra réparer votre fuite d’eau le lendemain « Inch Allah », vous savez déjà clairement que peut-être qu’il viendra, ou pas, s’il le veut bien, s’il n’a pas autre chose à faire de plus intéressant, si ça lui convient demain ou un autre jour. Rien à voir avec la signification initiale: le fait qu’il viendra, c’est certain, sauf si Dieu en a décidé autrement : un accident de voiture est vite arrivé. Pourtant le Inch Allah renvoie bien à cette idée que notre volonté et nos décisions peuvent être altérées par un destin décidé par le divin.
Par moments, en relisant cette Annonciation de Luc je me dis que Marie a peut-être dit quelque chose de similaire : « Ok, je porterai ton fils, Inch Allah’ ». Et puis à la fatalité de mes amis au Moyen Orient et même si l’on peut y trouver la même idée de s’en remettre à Dieu pour le futur, l’attitude de Marie me semble moins fataliste et plus participative. Marie n’est pas sous la coupe de Dieu : elle est sa servante.
On n’est pas ici dans un rapport humain du service : je suis ton serviteur, au mieux ton employé, au pire ton esclave. Etre serviteur de Dieu c’est adhérer pleinement à la volonté divine, participer à son dessein.
Et dans ce texte de l’Annonciation, c’est un peu comme si l’on était à la charnière de l’Histoire, à la charnière de cette volonté divine. Dieu s’est impliqué bien des fois dans la vie des hommes et l’Ancien Testament est là pour le prouver. Il aurait pu continuer à faire de même : hop un miracle par là, un grondement par ci et basta, la vie spirituelle de tout ce beau monde continue. De son côté Marie se marie à Joseph, tombe enceinte une ou plusieurs fois, croit en Dieu, va à la synagogue, obéit aux lois juives et tout se passe pour le mieux dans sa vie d’humaine.
Mais qu’est ce qui a bien pu pousser Dieu à venir goûter à la vie humaine de plus près ? Et qu’est ce qui a bien pu pousser Marie à accepter de porter cet enfant ? Qu’est ce qui a pu pousser Dieu à s’incarner via une femme ? C’est Dieu quand même les enfants hein. Le concept de Dieu s’accompagne généralement de superpouvoirs (je sépare la mer Rouge en deux), de puissance (je fais gagner des guerres à ceux qui m’aiment), de « je fais ce que je veux, je suis Dieu ». Donc à priori pas besoin d’une bonne femme pour lancer une super opération, surtout qu’à l’époque on imagine bien que la femme était la dernière personne sur laquelle on voulait s’appuyer pour être un minimum puissant. Quelle autre explication au fait que Dieu se tourne vers une jeune femme pour lui demander de porter son fils ?
A part énormément de respect et de l’amour pour Marie et pour les Hommes ?
Quant à Marie, qu’est ce qui a bien pu la pousser à accepter cette mission ? On admire souvent cette remise à Dieu totale, presque sans hésitation en plus (ou alors Luc ne nous raconte pas tout, la nuit que Marie a passé à se ronger les ongles pendant que l’ange attendait patiemment sa décision). Je reste toujours profondément épatée par l’acceptation de Marie de rentrer dans une relation qui la dépassait totalement. La maternité est déjà en soi quelque chose qui nous échappe (même avec des échographies et des monitoring tous les mois), qui fait flipper, qui bouleverse, alors accepter d’être la « mère porteuse » du fils de Dieu, c’est à la limite de l’inconscience.
Ou alors énormément de respect et d’amour pour Dieu et pour les Hommes.














