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C’est le genre de nouvelle qui passe incognito dans les journaux, mais Le Pape François (et le Saint Siege) ont révisé les règles officielles du rituel du lavement des pieds du Jeudi Saint, pour qu’il ne soit plus réservé aux hommes mais « représente la variété et l’unité de chaque portion du peuple de Dieu ». Les normes liturgiques datant de 1955 indiquaient que le prêtre doit laver les pieds de 12 hommes, clercs ou laïques, lors de la messe du Jeudi saint. Cherchez l’erreur…Ah oui ! Pas de femmes ! (Merci pour le concept d’universalité de l’Eglise !) Bon, en fait dans certaines communautés certaines femmes participaient au rituel, mais il y avait encore quelques irréductibles. Pas de femmes donc.

Bon alors, Qu’est ce que c’est exactement que cette histoire de pédicure a la messe ?

Le lavement des pieds est un rite qui est seulement fait lors de la messe du jeudi Saint. On relit l’Evangile de St Jean et on refait les gestes que Jésus avait fait sur ses disciples. Le pitch est simple : On est le soir où Jésus célèbre la Pâque juive avec ses disciples. Ça commence sérieusement à sentir le roussi pour lui. Avant de se mettre à table (la Cène) Jésus se met aux pieds de ses disciples et les lave.

Ce que l’on retient donc de ce geste que l’on perpétue encore aujourd’hui :

           - Si on ne l’avait pas compris avant dans les Evangiles (« Les derniers seront les premiers… » etc…), là, le geste de Jésus est clair : dans le Royaume de Dieu il n’y a pas de hiérarchie. La seule qui est autorisée est celle qui met les gens aux service des autres. Pas de hiérarchie de sexe, d’argent, de pouvoir. Le plus grand est celui qui est capable de s’agenouiller devant plus petit que soi. Etre maitre, leader, prêtre, chef, patron, pape bref, être en haut de la pyramide cela veut surtout dire être au service du bas de la pyramide. Pas de ceux qui sont juste en dessous de soi, mais ceux qui sont à la base, ceux qui sont souvent écrasés, bref, ceux qui ont les pieds sales.

          - Les pieds c’est parfois sale, ça a « du vécu ». Ce n’est pas forcément beau. En ce moment, les pieds cela t’amène d’un pays en guerre à peut-être un pays où tu pourras te poser. Ca souffre des pieds. Bref, c’est ce avec quoi tu marches, mais c’est aussi ce qui te tient debout. Un homme libre, c’est un homme debout.

          - Jésus est Amour (et il en faut pour laver des pieds), infiniment Amour…et dans la relation avec les hommes. Ca me semble évident, mais il me semble important de le remettre : l’on ne dit pas assez aux gens à quel point ils sont aimés.

        -  Ce geste posé le Jeudi Saint c’est donc un geste d’amour et l’humilité radicales. Se mettre à genoux, c’est se mettre aux pieds de tous : les hommes, les femmes, les enfants, mais aussi comme François le montre parfois, les non-catholiques. L’universalité est là : le service et l’amour du prochain ne s’arrêtent pas à un genre, un statut social, une religion (la mienne, yeah !), parce que le salut s’adresse à tous. Parce que si Dieu est venu parmi nous et est mort sur une Croix, c’est pour tous. Si la Charité est infinie, elle s’adresse à tous….

          - C’est un acte d’humilité dans les deux sens, parce que du côté de celui qui se fait laver les pieds, c’est aussi un peu perturbant. Outre le fait de se faire servir, qui pour certains est déroutant, il y a le fait de mettre entre les mains d’une autre personne ce que l’on n’a pas de très reluisant (ni de très manucuré.) : ses pieds. Il faut un peu de laisser-aller. C’est aussi un acte ou celui qui le reçoit est dans une posture gratuite : il ne paye rien. Pour une fois, un acte bienfaisant est fait avec amour de manière totalement gratuite.  Et aujourd’hui on en a combien de ces gestes hein ? 

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