souq lapins

Lc 19, 45-

Jésus entra dans le Temple, et se mit à expulser les marchands. Il leur déclarait : « L'Écriture dit : Ma maison sera une maison de prière. Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits. »

 

Contrairement à Lourdes ou Rue du Bac ou tous ces sanctuaires où l’on peut trouver des grigris et autres souvenirs un peu kitchouille, les marchands étaient au temple de manière « légale ». En effet, toute personne qui montait à Jérusalem et allait au Temple pouvait acheter des oiseaux et des animaux afin de les offrir en sacrifice à Dieu. Vu que l’on ne pouvait pas payer en monnaie romaine (à cause de l’effigie de César), on changeait l’argent avant de pouvoir acheter sa colombe ou son bœuf. Cela faisait partie des rites juifs, même si par le passé, cela avait été condamné par les prophètes parce que finalement l’on se rapprochait ainsi de la manière de vénérer les idoles païennes. A noter aussi que le Temple de Jérusalem était organisé à l’intérieur de telle manière que plus on entrait, plus on devait être purs. Seuls quelques élus entraient donc dans le « saint des saints ». La plupart des personnes qui faisaient des offrandes restaient sur le parvis.

Ce passage sur les marchands du temple se trouve chez les 4 évangélistes ; on peut donc supposer que la saine colère de Jésus n’est pas anodine. Au premier abord, on voit surtout l’un des rares passages où Jésus se met en colère et s’emporte. Yallah ! Nous qui l’imaginons souvent très « New Age », très « Peace and love mes frères, aimez vos ennemis etc… », ce passage nous rappelle que Jésus n’était pas Gandhi. Cependant, je ne suis pas convaincue que Jésus s’énerve principalement parce que le temple soit transformé en souq et qu’il veuille y faire le ménage. Bien sûr cela peut être source de colère mais la véritable raison derrière n’est-ce pas la condamnation du fait d’aller « acheter » Dieu, aller acheter sa bienveillance? Les juifs du temps de Jésus n’ont pas compris qu’elle est la vraie relation à Dieu. D’où son léger emportement…. On n’achète pas Dieu. On ne lui offre pas prières et offrandes en espérant qu’il veuille bien daigner tourner sa grandeur vers nous autres, pauvres moucherons humains.

Malheureusement pour nous, cette horrible manière d’acheter la clémence de Dieu a perduré (et perdure encore..) avec l’achat des indulgences. C’est terrible parce que je ne crois pas que l’on soit dans le vrai de la relation avec Dieu quand on commence à acheter, à commercer.

L’amour de Dieu, sa clémence, sa miséricorde ne sont pas quantifiables ni négociables. Le temple devait être ce lieu d’accueil de tous et non pas un lieu de discrimination où l’accès au saint du saint est réservé au plus pur et / ou à celui qui paye le plus. Quid de ceux qui restent sur le parvis ? Les plus pauvres, les femmes ?

Cette histoire des marchands du temple c’est un peu comme si nous avions un jardin en contrebas d’un barrage d’eau, et que nous approchions Dieu pour lui acheter deux seaux d’eau histoire d’arroser. Alors qu’en fait c’est nous qui avons les moyens d’ouvrir les vannes pour faire couler l’eau et arroser.  

Par contre, l’on peut toujours se poser la question de la manière dont nous recevons Dieu dans la prière. A quel point sommes-nous soumis à des marchands qui ternissent ce que nous sommes vraiment et qui ternissent notre relation à Dieu? A quel point nous achète-t-on ?

 

barrage