greffe vigne

Dans mon précédent billet de viticulture contemporaine, j'envisageais ce texte des sarments de Jean (Jn 15, 1-8) sous l'angle des fruits. On va attaquer l'angle du greffon. A vos sécateurs!

 

"Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments." 

 

Pour moi, cette parabole est une réponse très simple à la question, pas si simple : "mais pourquoi faire baptiser les bébés ? Qui n’ont pas le choix de leur religion, et qui n’ont aucune conscience de leur foi ?"

Vous essayez tout simplement de greffer une toute petite branche, à un cep (Jésus), en espérant que le vigneron et la force du cep, fasse grandir humainement et spirituellement ce bébé.

C’est raccrocher un enfant, à une autre entité porteuse de vie, autre que sa famille. Certes, la décision initiale relève des parents, mais qui ne tente rien n’a rien non ?

La foi est considérée comme un don de Dieu. Je tente une greffe sur le cep, le Vigneron donnera toute sa force pour que ce greffon parte. La liberté de l’enfant, puis de l’adulte sera de recevoir, de reconnaître et de faire grandir cette foi. C’est l’acte de croire. Il peut tout aussi bien laisser tomber et ne pas répondre à ce don. Dieu laisse libre et n’impose rien.

La religion, au sens du corpus des pratiques rituelles et communautaires, est clairement transmissible au sein d’une famille, d’une région, d’un clan, d’un pays. Je suis née en France, pays de tradition chrétienne et je pense qu’il y a fort à parier que si j’étais née à Istanbul je serai musulmane, ou shintoïste au Japon. Je pense qu’il y a un facteur éminemment culturel et rituel au phénomène religieux. Les sociétés se construisent et s’organisent aussi par et avec les religions et leurs rites. Mais ça, c’est la religion.

Ce n’est pas la foi, ce dialogue unique, intime et personnel avec Dieu. Et ça, cela ne se transmets pas à une personne en l’éduquant, parce que cela relève de cette passerelle fragile sur laquelle se rencontrent le don de Dieu et la liberté de l’homme.  Dieu viendra toujours à la rencontre. Il offrira toujours ce don de la foi. Mais l’homme viendra-t-il à la rencontre ? L’enfant que je baptise franchira-t-il la passerelle. Je ne sais pas et cela ne dépend pas de moi. Qui suis-je pour savoir comment Dieu et mon enfant se parlent ? Qui suis-je pour influencer ce dialogue ?

Alors, juste parce que j’aime les bons fruits, et que je ne suis pas contre un bon verre de vin issu d’un cépage en bon santé,  mon geste initial de parent serait juste de tenter cette greffe, et baptiser. 

cep greffon