NYSE

 

Lc 15, 3-7
Jésus disait cette parabole :
« Si l'un de vous a cent brebis et en perd une, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu'à ce qu'il la retrouve ?
Quand il l'a retrouvée, tout joyeux, il la prend sur ses épaules, et, de retour chez lui, il réunit ses amis et ses voisins ; il leur dit : 'Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !'
Je vous le dis : C'est ainsi qu'il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de conversion. »

Est-ce que souvent la perte d’un sur cent ne fait pas parti du jeu ? Est-ce que nous n’avons pas une mentalité de « ben c’est pas grave s’il y en a un qui reste sur le carreau, si le reste avance » ?

On élève des poulets en batterie : s’il y en a quelques-uns qui meurent de temps en temps, cela semble « normal ». Nous excellons dans l’art du gaspillage maîtrisé, y compris le gaspillage humain. Dans les entreprises, même si tout va bien, l’on ne va pas hésiter quand même à se défaire de quelques « poids morts » pour souvent, in fine, améliorer les profits. Que sont les vies professionnelles et personnelles d’une petite dizaine d’employés sur un site d’assemblage français quand, dans le monde Mégacompagnie emploie des milliers de personnes ?

Et c’est d’autant plus facile que tout est objectivisé. Même les hommes dans les entreprises. Les ressources humaines ont oublié le côté humain de leur métier pour se focaliser sur la rentabilité de la masse « travail ».

Nos sociétés avancent à grands coups de tris et de sélections. A l’école aussi : quid de celui qui traîne, qui perd pied en cours d’année alors que les autres avancent ?

Et nous sommes si bien coulés dans le moule que nous alimentons allègrement le système, sans se soucier de ceux qui se perdent en chemin. Il n’y a qu’à voir la manière dont les étudiants de première année de médecine se tirent la bourre pour comprendre ce que «loi du plus fort » veut dire.

Moi-même au travail je ne suis pas exempte de ce genre de comportement : après avoir tenté pendant plus de 3 semaines d’expliquer à un collaborateur comment faire une tâche, et ce dernier n’y arrivant toujours pas, je dois avouer que j’ai baissé les bras et que je ne lui donne plus rien à faire. En tout cas, rien qui ne soit « productif » et pour lequel j’attende un résultat efficace rapidement.

Que dire alors des personnes qui restent sur le carreau ?

Dans une société où nous ne sommes souvent que des pions (mais si, mais si : votre numéro est sur votre badgeuse…), où nous n’avons plus notre individualité, cette parabole nous rappelle aussi que nous sommes tous uniques aux yeux de Dieu. Depuis notre baptême, nous avons un nom. Un nom pour Dieu. Il il ne nous lâchera pas et il viendra nous retrouver si nous nous perdons. Attention, je n’écris pas ici que Dieu est le futur président de la Banque Mondiale et qu’il est en son pouvoir de créer des emplois et de faire en sorte que toutes les entreprises se sentent responsables socialement. Mais rappelons-nous que nous sommes aussi les petites mains de Dieu en ce bas-monde….

Pour en revenir à nos moutons, ce n’est pas nous qui cherchons Dieu (enfin si..) mais c’est Dieu qui nous cherche, d’autant plus si nous sommes paumés. Allons encore plus loin : même si Dieu est content de notre présence, ce qui l’intéresse, ce sont ceux qui ne le suivent plus, ceux qui se sont perdus en chemin. Ou pire, ceux qui pensent qu’ils Le suivent, mais en fait passent à côté. Mais si, mais si : ça ne vous est jamais arrivé d’être en tête d’un groupe sur une visite ou une ballade, et puis vous connaissez tellement bien les lieux, ou vous allez tellement d’un bon pas qu’en étant devant vous finissez par perdre le groupe qui lui, a pris une autre voie ? Même si, à priori c’est vous qui connaissiez le chemin, c’est quand même vous qui vous êtes perdu… A être trop orthodoxe aussi, l’on finit par se perdre…

Cette parabole nous rappelle aussi l’amour gratuit de Dieu et de sa joie des retrouvailles. Ce n’est pas un amour rentable (tant pis si je perds une brebis vu que toutes les autres produisent). Ce n’est pas un amour qui se mérite : « Regarde Dieu tout ce que je fais : tu m’aimes hein ? ». Non c’est un amour inconditionnel et gratuit.

Et franchement, l’inconditionnel et le gratuit, il y en a trop peu dans notre monde non ?