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Jean 13. Voici le pitch (parce que St Jean est bavard): lors du dernier repas avec ses disciples, Jésus leur lave les pieds. (??????????) Un peu d'explications  ici.

Ici dans le Golfe, nous nous faisons constamment servir. La main d’œuvre indienne, philippine, sri-lankaise, népalaise, indonésienne étant si peu chère que les petites tâches leurs sont déléguées. La plupart des familles locales ont au minimum un chauffeur et une « maid » pour élever les enfants. Que ce soient les familles locales ou les expatriés occidentaux, nous nous coulons très facilement dans cette vie où un petit gars vous sert l’essence à la pompe, où dans votre bureau un « tea-boy » vous apporte votre café le matin (et il a repéré que le vôtre c’est café dans votre mug perso avec lait et 1 sucre et demi à 8h10), où vous n’emballez plus vos courses au supermarché puisqu’une petite main le fait pour vous.

Vous imaginez un instant, juste un instant un renversement de situation ? Les tea-boys servis par les administratifs quand ils arrivent au travail le matin ? Les chauffeurs étant conduits par leurs patrons ? Aller faire le ménage chez les maids ? Les premiers temps, je me disais « Hors de question de laisser emballer mes courses par quelqu’un ! » Et je pensais respecter ce p’tit gars-là en lui montrant qu’il n’était pas mon esclave à emballer mes boites de conserves. Boulette. Grossière erreur. Parce que lui, sa dignité d’homme, elle est dans le travail qu’il accomplit. Lui refuser ce travail, c’est le gifler en lui disant qui est trop nul pour emballer ma lessive ou servir de l’essence à la pompe.

Nous n’avons pas vraiment l’habitude d’être dans des rapports égalitaires. On a tous un boss, une hierarchie. Nous sommes les enfants de nos parents (fais pas ci, fais pas ça), nous sommes les citoyens d’un Etat avec ses représentants. Même l’Eglise est pyramidale avec ses membres en bas (femmes, laïcs) et son meneur (le Pape). Que de cas où nous pouvons être soit en position de pouvoir ou de faiblesse.

Et pourtant, tout est là , dans ce texte de St Jean: avec Dieu nous ne sommes pas dans des rapports hiérarchiques de dominant-dominé, de serviteur-servi, inaltérables. Avec Dieu nous sommes seulement dans des rapports de serviteur. Le « grand » est celui qui peut s’agenouiller aux pieds de son prochain. Aller au-delà des convenances, renverser les situations, rendre sa dignité aux plus fatigués par la route, aux plus faibles est bien ce premier pas que nous propose Jésus dans St Jean afin que la pyramide se transforme en corps, comme dira St Paul. Nous sommes tous alors membres d’un corps appelés à le faire fonctionner.

La grandeur de Dieu chez les chrétiens ne réside pas dans ses miracles ni dans ses hauts faits. La grandeur de Dieu réside dans le fait qu’il se mette à genoux devant les hommes pour leur laver les pieds. C’est le monde à l’envers me direz-vous ! Voire « Puisse que c’est comme ça, je change de crémerie pour un Dieu puissant et costaud ! » Ils sont fous ces chrétiens de croire qu’un Dieu qui lave les pieds pourra les sauver !

Je ne sais pas s’il y a une seule autre religion, philosophie (pour les non-croyants) au monde où un dieu  ne demande pas, ne commande pas aux hommes de faire des efforts sur eux-mêmes pour être parfaits, bien propres, présentables, intelligents. Chez les chrétiens, si. Et c’est cela qui sauve. Il y a des jours (où comme beaucoup d’entre nous j’imagine), je ne peux que m’interroger sur Dieu et sa présence. Et franchement, quand je regarde ma petite vie, ses hauts, ses bas, les vies des autres, je pourrai jeter l’éponge et me dire « à quoi bon prier un dieu qui de toute façon n’en a rien à faire de nous. Je n’arriverai jamais à être parfaite, à être charitable avec tout le monde, à être pieuse etc.. »

Et puis je lis des passages comme celui-ci et je me dis que si Dieu a suffisamment d’amour pour nous, au point de se mettre à genoux pour nous purifier, alors je suis sauvée.

 pieds sales