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La Semaine Sainte c'est don cette semaine puisque si vous avez bien regardé votre calendrier et bien posé vos RTT, dimanche c'est Pâques et lundi c'est bronzette dans les prés qui reverdissent. C'est un peu la semaine masochiste des chrétiens. Attention cependant: on connait la fin de l'histoire, et quelque part, c'est ça qui est cool, parce que l'on sait déjà qu'au bout, il y a la vie. Jamais la souffrance n'est pas gratuite et jamais elle n’est désirée.

Cette semaine Sainte et surtout ce Jeudi et Vendredi Saint on plonge dans ce que l'humanité a de plus noir, dans ce que nous avons de plus noir. C'est une prise de conscience qui fait un peu mal parce que souvent, l’on préfère fermer les yeux sur le malheur des autres. Mais bon, le Christ y est allé et en est ressorti.

C'est faire de la spéléologie et savoir qu'on ne restera pas coincé dans une grotte parce qu'il y aura toujours soit une sortie, soit Quelqu'un pour venir nous chercher. C'est plonger un peu comme dans le Grand bleu. Au bout d'un moment c'est tout noir, il n'y a plus de lumière. Un mince fil nous rattache éventuellement au monde. Et encore. C'est vrai que l'on peut y laisser sa vie.

C'est plonger avec ceux qui souffrent, parce que justement l'on appartient tous à cette même humanité. Cela semble évident de se dire que l'on est en communion avec ceux qui traversent des épreuves de santé, des épreuves psychologiques etc.. .Mais ce n’est pas facile de le mettre en pratique.

Mais c'est aussi plonger ces derniers temps avec ces prêtres pédophiles et leurs victimes. Ce n'est pas à moi de juger et condamner ces personnes (parce que ce n'est pas mon rôle: il y a une justice sur terre pour le faire). Je ne sais même pas encore si je peux leur pardonner ce qu'ils ont fait, parce que, même en étant chrétienne, ils ont touché à ce qu'il y a de plus sacré: un enfant, un être humain. Bref, malgré tout, en cette semaine je plonge avec eux. Et je plonge avec ces enfants qui ont du se taire pendant des années.

[Petite aparté d'ailleurs: je n'en ai pas parlé dans ces pages parce que d'autres le font mieux que moi. Ceci dit, à l'heure où beaucoup se posent la question de savoir ce qui est sacré, de remettre le sacré dans nos vies (par la liturgie par exemple, avec de belles messes bien sacrées, de l'encens bien sacré etc...), je me dis, qu'avant tout ça, remettre le sacré dans nos vies, ça commence par ne plus faire en sorte que l'on touche ces enfants et surtout que l'institution les couvre. Parce que le sacré il est là: dans l'Homme. Quoi de plus sacré qu'un enfant?]

Alors à ce stade, effectivement, l’on peut se dire « elle est complètement timbrée, dans deux secondes elle sort le fouet clouté, elle aime ça hein ? ». Non. Je n’aime pas ça, je n’aime pas la souffrance et je sais que nos vies, c’est parfois suffisamment nase pour ne pas en rajouter. Sans compter que je sais déjà que je ne suis pas parfaite, que je pèche etc… Je sais aussi que d’autres souffrent dix fois plus que moi, alors ce n’est pas la peine d’en rajouter. Juste en prendre conscience.

Et là, on nous dit : c’est justement là que Dieu vient vous prendre la main et qu’il nous sauve. A priori c’est pas gagné pour un type qui d’ici quelques heures va s’en prendre plein les dents pour pas un rond. C’est plutôt paradoxal même. Mais c’est justement là qu’il est Dieu. Parce qu’il se met au même niveau que nous. Parce qu’il nous prend par la main pour remonter à la surface, à la lumière. Rendez-vous dimanche !!